Historique

L’industrie textile fût florissante à Nîmes à partir du XVIII ième siècle. Nombre d’hôtels particuliers du XIX ième siècle furent édifiés grâce aux fortunes constituées par les familles d’industriels du textile. Monsieur Milliarède, avocat, fils d’un riche taffetassier pût ainsi commander à l’architecte Louis Poinsot la construction de sa résidence, édifiée entre 1900 et 1907 dans un quartier neuf proche de la gare.

L’implantation de la construction dans l’angle de la parcelle permet de bénéficier d’un assez vaste jardin. Le bâtiment de plan massé, présente plusieurs décrochements, oriel, perron, une tour carrée à l’angle des deux rues, qui animent des façades richement ornées. En effet, Poinsot use d’un vocabulaire ornemental diversifié. La stéréotomie est variée : les bossages rustiques pour les soubassements, des bossages alternés lisses et rustiques pour le rez-de-chaussée et des refends lisses continus pour l’étage. La tour en revanche est traitée en pierre de taille lisse.

Les encadrements de baies sont aussi marqués par des chambranles à forts ressauts et des allèges en céramique ou à balustres en alternance. D’après les descendants Milliarède, Poinsot aurait choisi une esthétique italianisante à la demande du commanditaire. L’emploi de bossages, de toitures en terrasses et la tour carrée peuvent en effet être inspirés par différents types de bâtiments de la Renaissance italienne. Les emprunts au classicisme français, marquent également cette architecture, en particulier les occuli encadrés de chutes de fleurs et fruits et les balustrades.

L’ensemble est une belle illustration de l’architecture éclectique où la profusion des formes est enrichie par l’association de couleurs : l’emploi de la céramique pour les corniches, les allèges, la présence de vitraux sur l’oriel et la cage d’escalier sont caractéristiques de cette esthétique.
Les intérieurs, du moins le vestibule entièrement revêtu de stuc-marbre et pavé de mosaïque, est certainement inspiré d’intérieurs italiens. Le rez-de-chaussée a heureusement conservé la quasi totalité de ses décors ainsi que la cage d’escalier. La présence de décors intacts renforce l’intérêt de cet immeuble, dans un corpus assez conséquent mais où bien souvent, les intérieurs ont été fortement altérés.

Louis Poinsot n’est sans doute pas un novateur mais s’inscrit dans un courant qui domine l’architecture depuis les années 1870. Il signe ici une maison confortable de famille bourgeoise traitée avec une ambition de composition et d’esthétique architecturale certaines.

 

Laurent HUGUES